Je souhaite aujourd’hui vous partager une lecture qui, bien connue des chrétiens orthodoxes et orientaux (notamment en Russie), l’est peut-être moins des autres courants chrétiens. Il s’agit du livre “Les récits d’un pèlerin russe”, un écrit russe anonyme du 19ème siècle, considéré comme un véritable classique spirituel et mystique chrétien.
Etant moi-même adepte de littérature russe (notamment des écrits de Nina Berberova, l’une des mes autrices favorites, et de Léon Tolstoï), il me tardait de lire ce livre, qui trainait sur ma liste de lecture depuis un certain temps… Ce fut enfin chose faite en ce début 2026, et je ne suis pas déçu du détour !

Pourquoi lire ce livre ?
Tout d’abord, c’est un livre facile d’accès et de lecture : court, avec un vocabulaire et une grammaire accessibles, scindé en 4 récits/chapitres plutôt courts eux aussi, avec un rythme fluide d’action, de “péripéties” et de réflexions spirituelles maintenant l’envie de lire, et accompagné (du moins dans l’édition “Spiritualités Vivantes” de chez Albin Michel) d’un glossaire/index et de notes explicatives en fin d’ouvrage remplies de contexte historique, politique, religieux et social aidant à la compréhension et à la lecture.
Pas besoin d’être un as de spiritualité orthodoxe, de littérature classique ou d’Histoire pour lire ce livre, donc !
Ensuite, croyant ou pas, chrétien ou pas, chrétien orthodoxe, protestant, catholique ou autre : c’est une belle lecture, qui vaut le détour, et qui saura apporter quelque chose de précieux à chaque lecteur.
Ce peut être par simple plaisir d’une lecture à l’atmosphère typique des romans russes, embaumée d’encens, de poésie, de rudesse de la nature, des saisons, et parfois des hommes ; véritable témoignage d’un 19ème siècle au travers des villes et campagnes russes, donnant un apperçu total de la vie de cette époque et d’un aspect spirituel chrétien plutôt méconnu en occident.
Ce peut être par curiosité, justement, des rites et croyances chrétiennes orthodoxes et les différences (de calendrier, de messes, etc) avec les courants protestants et catholique.
Ce peut être aussi par recherches d’illuminations chrétiennes et divines, par interrogations sur les expériences mystiques et spirituelles ; par désir de sainteté et de faire grandir sa foi.
Tout cela au moins se trouve dans Les récits d’un pèlerin russe.

De quoi parle ce livre ?
Après avoir entendu à la messe et lu dans sa Bible l’injonction de “prier sans cesse” (Saint Paul, Epitre aux Théssaloniciens), le pèlerin du livre s’interroge : “Comment est-il possible de réellement prier sans cesse ?”.
Le sujet de la prière continuelle et la question de sa mise en pratique deviennent pour lui une obsession le poussant à se mettre en route à la recherche de réponses (notamment par la visite de Cathédrales et lieux saints afin d’y écouter des messes et poser ses questions).
Sur sa route, il fait rapidement la rencontre d’un moine qui devient son maître spirituel et lui enseigne la voie de la “prière du coeur”. Il s’agit d’une prière courte et simple, qu’il l’invite à répéter tout au long de la journée : “Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur.”.
Bien connue des chrétiens orientaux, c’est encore aujourd’hui cette phrase qui est répétée lors de la prière du tchotki/chotki (chapelet orthodoxe de noeuds en laine noire, orné d’un pompon).
L’enseignement de cette prière et des voies par lesquelles elle permet de “prier sans cesse”, faisant descendre au plus profond de l’âme de celui qui prie le pouvoir transformateur et transcendantal du Christ devient ainsi tout à la fois la quête, l’apprentissage, le défi et la béquille du pèlerin dans ses aventures et ses rencontres…

Pourquoi je recommande ce livre ?
Ce livre, en plus d’être une belle lecture, a été transformateur pour moi dans ma vision de la prière et de la foi.
Je connaissais les mantras et prières continuelles des courants hindouistes et bouddhistes (aussi présentes dans certaines pratiques néo-païennes et “new age”). Je connaissais également, de ces courants et religions, les désirs d’ »ascension » et de transfiguration intérieure, de l’esprit et de l’âme. Je suis un grand adepte de la prière du chapelet, dans laquelle je trouve chaque jour du réconfort et des fruits nouveaux ; je connaissais donc aussi la prière “répétée” et ses bienfaits…
Cependant, la découverte de la simplicité toute nue (mais si profonde !) de la prière du coeur fut pour moi novatrice à plusieurs égards.
“Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur.”
Tout d’abord, ce peut sembler prosaïque mais ça ne l’est pas tant : elle est courte. C’est une phrase simple, bien plus rapide et facile à retenir qu’un “Notre Père” ou un “Je vous salue Marie”. Elle se dit rapidement, se prie facilement, s’énonce sans s’éssouffler ou perdre patience. Impossible de perdre sa concentration, peu importe notre âge ou notre situation.
Ensuite, et c’est une autre qualité de sa simplicité, elle s’adresse à Jésus si directement et si pleinement que l’on ne peut perdre de vue le Seigneur. L’invocation directe, totale et si sincère du pouvoir infini du nom du Christ est au centre de la prière et de l’intention.
C’est une prière réellement universelle par sa forme et son emploi. Elle se prête à toutes les occasions, à toutes les demandes, à toutes les émotions. Elle se répète avec aisance (oralement ou mentalement) du matin au soir : dans la douche, autour d’un café, en faisant du sport, dans le bus ou la voiture, en marchant, en faisant les courses, durant une pause au travail, pendant que l’on mange…etc.
Parce qu’elle est si courte et si directe, on a moins l’impression de devoir “tout arrêter” (pensées ou actions) et ne se consacrer qu’à la prière.
Elle peut se réciter en pleurant, en doutant, en marmonant autre chose, en s’inquiétant, en se réjouissant, en se concentrant ou non. C’est une prière qui ouvre la voie de la simplicité et de la liberté : c’est la petite porte vers le Seigneur, toujours à portée de main.
“La prière intérieure ininterrompue de Jésus est l’appel continu et ininterrompu au nom divin de Jésus-Christ, avec les lèvres, l’esprit et le cœur.”
– Les récits d’un pèlerin russe
Je ne souhaite pas dire ici que cette prière est supérieure ou “meilleure” que d’autres. Je prie avec joie le chapelet, le “Notre Père”, le “Je vous salue Marie”, et bien d’autres belles prières écrites ou inventées.
Je suis simplement très reconnaissant d’avoir trouvé, par cette lecture, une nouvelle prière à poser sur mes lèvres et mon coeur, de façon unique et différente des autres (car chacune a son pouvoir et chacune son chemin vers la sainteté).
“La prière du coeur me remplissait d’une telle douceur que je ne savais s’il y avait quelqu’un de plus heureux que moi au monde. Je me demandais quelle autre béatitude pouvait nous attendre dans le royaume des cieux. Et ce n’était pas seulement en dedans de moi-même que je le ressentais : tout mon entourage m’apparaissait sous une lumière attrayante, tout me poussait à adorer et à remercier Dieu. Les hommes, les arbres, les plantes, les animaux, tout me semblait apparenté, partout je trouvais l’image du nom de Jésus-Christ.”
– Les récits d’un pèlerin russe
Puissions-nous trouver dans cette prière, qui que nous soyons, la même béatitude que le pèlerin !
Belle lecture, et à bientôt…


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