Si vous êtes comme moi, vous aimez faire les choses correctement et donner le meilleur de vous-même, surtout lorsqu’il s’agit de votre foi, et de votre relation au Seigneur.
Si vous êtes comme moi aussi, vous avez trouvé l’écueil de cette façon de fonctionner plus d’une fois : les choses ne finissent pas exactement comme vous l’aviez prévu, l’organisation parfaite et les efforts nombreux prévus dans votre tête se prennent inévitablement le mur de la réalité du manque de temps, d’énergie, de passion…
Il est possible que vous abordiez ainsi le Carême : peut-être commencez-vous la saison de jeûne plein.e.s de rigueur, de bonne volonté, désireux.ses de suivre des commandements stricts autour de vos repas, établissant des listes d’autorisations et d’interdits, les yeux rivés sur vos assiettes et “to do list” à remplir…
Puis, au bout de quelques jours, quelques semaines, le feu s’affaiblit, et il ne reste que des cendres. On commence à perdre le sens de ce qui avait semblé évident et motivant au départ.
Ou peut-être abordez-vous la saison avec un sentiment plus détaché ou tracassé : “jeûner”, ça ne vous parle pas, c’est un effort qui vous semble trop strict, hors de portée, ou vide de sens. Certes, vous avez entendu la Bible ou l’Eglise en parler, mais vous ne décernez pas pour autant le Christ dans une assiette vide ou un estomac creux.
Le sujet du jeûne peut aussi être épineux pour bien des raisons, entre autre de santé psychologique, émotionnelle ou physique. Il est d’ailleurs important de rappeler, au sens de pure “règle” donnée par l’Eglise, que celle-ci dispense clairement de jeûne les personnes malades et les femmes enceintes (ainsi que les enfants et les seniors).
Lorsqu’on entend “maladie” on pense vite “maladie physique”, mais il est important ici, selon moi, de prendre en compte le terme “malade” au sens large, spécialement dans le cas d’un sujet tel que l’alimentation, qui touche, chez beaucoup de personnes, à l’émotionnel et au psychologique.
S’efforcer d’aborder la saison du Carême par le jeûne alimentaire lorsque l’on a, par exemple, un TCA (Trouble du Comportement Alimentaire), une neuroatypie (autisme, dys, TDAH…) ou un rapport général très émotionnel et sensible à la nourriture, ce peut être très difficile, voire franchement dangereux pour la santé.
Alors, que faire ? Si l’on a vécu ou avons peur de vivre de telles difficultés, si l’on souhaite aborder différemment et plus entièrement le Carême : comment faire ?
Cette question trouve pour moi sa réponse dans les doux mots que le Pape François avait prononcé à l’occasion du Carême 2017, et que je souhaite vous repartager aujourd’hui :
« Je recommande ce qui suit comme le meilleur Jeûne pendant ce Carême :
-Jeûnez de mots offensants et transmettez seulement des mots doux et tendres.
-Jeûnez d’insatisfaction / d’ingratitude et remplissez-vous de gratitude.
-Jeûnez de colère et remplissez-vous de douceur et de patience.
-Jeûnez de pessimisme et soyez optimiste.
-Jeûnez de soucis et ayez confiance en Dieu.
-Jeûnez de lamentations et prenez plaisir aux choses simples de la vie.
-Jeûnez de stress et remplissez-vous de prière.
-Jeûnez de tristesse et d’amertume, et remplissez votre cœur de joie.
-Jeûnez d’égoïsme, et équipez-vous de compassion pour les autres.
-Jeûnez d’impiété et de vengeance, et soyez remplis d’actes de réconciliation et de pardon.
-Jeûnez de mots et équipez-vous de silence et de la disponibilité à écouter les autres.
Si nous pratiquons tous ce style de jeûne, notre quotidien sera rempli de paix, de joie, de confiance les uns dans les autres et de vie.
Ainsi soit-il. »
Pape François – Carême 2017
Cette parole simple dit tout, et n’a pas vraiment besoin d’être commentée : là où le jeûne alimentaire nous semble ardu, stérile, hors de portée, difficile à maintenir, peut-être est-il important de faire place à une autre forme de jeûne ? Un jeûne de pensées, d’âme et d’actions plutôt que d’estomac.
Bien sûr, rien n’empêche de faire les deux, c’est d’ailleurs ce à quoi l’Eglise invite régulièrement, et il y a beaucoup de bien à dire sur les fruits que peuvent porter un jeûne alimentaire.
Cependant, ce que je souhaite mettre en lumière ici : c’est qu’il est possible de jeûner de ce que l’on souhaite.
Bien sûr, nous pouvons jeûner de nourriture. Nous pouvons aussi jeûner des réseaux sociaux, de vulgarité, d’alcool, de sexe, d’addictions ou d’autres habitudes qui nous semblent nous éloigner de la foi. Mais il est avant tout important de jeûner avec un coeur ouvert et centré vers Dieu : un coeur de douceur et d’amour, pour soi et les autres.
Le jeûne proposé par le Pape François n’est pas foncièrement plus “simple” qu’un jeûne alimentaire. A bien des égards il est même plus difficile, plus total… Mais, et c’est là ce qui me semble le plus important : peut-être est-il plus engageant ?
Dans mon cas en tout cas, là où mes listes de choses à faire et à respecter, mes cases de jeûne et d’abstinences alimentaires attendent d’être cochées sur des post-its comme de simples corvées, les mots du Pape François viennent ouvrir mon coeur à quelque chose de plus grand (et de plus puissant).
Car ce que l’on souhaite chercher en vérité lors du Carême, c’est un coeur nouveau pour accueillir la joie du Christ ressuscité au plus profond de soi. Ce n’est pas simplement suivre des règles, mais bien s’abandonner au Seigneur pour être entièrement renouvelé.e en Lui.
Ce syndrome du “bon élève”, bien qu’émanant d’un bon sentiment, vient à nous éloigner du Christ miséricordieux, qui tend si facilement sa main aux affligé.e.s et aux brebis perdues… si tant est que l’on fasse le premier pas : s’avouer perdu.e.
Alors quoi que vous décidiez de faire ou de ne pas faire en ce Carême 2026 : puissiez-vous y trouver la douceur de l’attente du Christ, et un temps pour ouvrir vos coeurs à sa miséricorde !

Répondre à Fruits de l’Esprit Annuler la réponse.