Nos messes ne sont pas accessibles.
Ni à celle.ux qui ne sont pas encore convertis ou éduqués aux paroles et gestes du culte, ni à celle.ux qui découvrent le Christ, ni aux enfants, ni aux personnes neuroatypiques, ni aux personnes sourdes ou malentendantes, ni pour tout un tas d’autres handicaps ou spécificités humaines et personnelles.
Les bruits ambiants, le volume de la musique, les odeurs fortes, la foule, la proximité avec les autres, l’absence d’interprétation en langue des signes ou en français accessible, les nécessités de rester debout, immobile et silencieux pendant de longues périodes… Ces obstacles peuvent en rebuter beaucoup, enfant ou adulte, handicap ou pas, voire faire de la messe une difficile étape de la semaine : remplie davantage de fatigue, de peur, d’anxiété, que de connexion spirituelle et de célébration divine.
Même pour celle.ux qui célèbrent avec plaisir et sans ces obstacles, encore faut-il faire partie des initiés pour comprendre le sens de ce qui s’y déroule, ou simplement participer. Nombreuses sont les personnes qui n’osent pas passer le pas d’une église ou venir à une première messe car elles n’en connaissent pas les codes, sont intimidées, ont peur de se tromper, de mal faire ou de se ridiculiser.
Et il faut reconnaître qu’ils ne sont pas simples, ces codes, ni très détaillés par qui que ce soit si l’on n’a pas été élevé dans une tradition chrétienne.
Reconnaissons également la fermeture de coeur de nombreuses paroisses, de nombreux croyants, voire de nombreux prêtres et hommes d’Eglise, qui sont rares à faire un premier pas sincère vers les nouveaux venus.
Oui, la messe telle qu’elle est dite, notamment dans l’Eglise catholique, l’est derrière des portes closes, bien loin du partage de la foi auquel nous appelle le Christ.
“Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit”
Matthieu 28:19
Ce n’est pas seulement la messe d’ailleurs, mais l’ensemble des sacrements proposés par l’Eglise qui sont terriblement fermés et ardus d’accès à de si nombreuses personnes qui se sentent pourtant sincèrement appelées vers le Christ.
Encore une fois, pour celle.ux qui n’ont pas eu la chance d’avoir grandi dans une famille chrétienne, et qui n’ont pas été baptisés enfant, le parcours n’est pas simple, et loin d’être accessible (je pense notamment aux personnes neuroatypiques).
Rendez-vous multiples, questions personnelles, nécessité d’exposer sa vie, voire de “prouver” sa foi, formations et réunions en groupe obligatoires, comptes à rendres, chemin de baptême en multiples étapes (ou ”scrutins”), et lors de messes spécifiquement longues et peuplées (telle que la Veillée Pascale)…
[Il en va de même pour les mariages, les confirmations, etc : rendez-vous, rencontres, animations en groupe, “motivations” à donner…]
Il est loin le baptême offert par Jean-Baptiste à tous.tes sans distinction dans le Jourdain. Elle est loin aussi la parole qui s’élève dans le désert ou aux coeurs des villes et des foules : partagées à tous.tes sans condition.
Pourtant, dès lors qu’on croit en Christ, ne veut-on pas (ne doit-on pas) partager cette joie et cette bonne nouvelle le plus totalement et ardemment possible ? N’est-ce pas ce que nous répète la Bible et Jésus lui-même à tout bout de champ ?
Dès le 1er chapitre du livre de la Génèse le message est posé : “Et Dieu les bénit, et il leur dit : “Soyez féconds et multipliez–vous, remplissez la Terre” (Génèse 1:28). La mission du chrétien, peu importe sa dénomination, c’est toujours celle de partager la paix, la lumière et l’amour du Christ autour de lui, c’est de multiplier les croyants tandis que Jésus multiplie les pains et les poissons pour les nourrir !
Alors pourquoi l’Eglise et le culte semblent-ils si fermés ? Pourquoi faut-il montrer patte blanche à tant de reprises avant d’accéder au moindre sacrement ? Pourquoi la messe n’est-elle pas organisée, au moins pour certains offices, de façon à être plus accessible ?
[Par ailleurs, beaucoup, même une fois la porte de l’Eglise franchie, ont encore peur de se faire juger pour qui iels sont… et l’on peut les comprendre. La question de l’inclusion réelle de tous.tes est trop large pour cet article, mais reconnaissons encore que certain.es, encore aujourd’hui, ne semblent pas bienvenu.es à l’Eglise : couples ou personnes homosexuelles, personnes transgenres, mère seule, couple divorcé, femme ayant eu recours à un avortement, personne dépressive aux pensées ou tentatives suicidaires, travailleur.ses du sexe, personnes immigrées, et jusqu’aux personnes dont le style vestimentaire ou l’allure générale ne plaît pas ou dérange… Il est loin, là aussi, le Christ qui s’entoure de tous.tes sans distinction.]
J’entends déjà les contestations :
« On ne peut tout de même pas changer toute la messe, toute l’Eglise, toute la Tradition simplement pour le comfort de quelques uns ! »
« La foi, c’est aussi un effort, alors c’est à nous de nous plier à l’Eglise, et pas l’inverse ! »
« Moi aussi certaines choses ne me conviennent pas, et ça ne m’empêche pas d’aller à la messe pour autant ! »
On pourrait argumenter longtemps la question.
Je me bornerai à avancer et répéter que le Christ accueille tous.tes sans distinction, qu’Il est descendu sur terre vivre parmi nous précisemment pour se rendre accessible à tous.tes, et nous tendre la main chacun.e où nous en sommes.
Il me semble que l’on ne peut pas dire que Dieu nous aime ou que nous sommes créés parfaits à son image, sans comprendre que cela n’exclut personne. Car quel Dieu aimerait chacun, s’abaisserait pour chacun jusqu’à la croix, sauf untel pour son handicap, untel pour son anxiété, untel pour ses difficultés ?
Enfin, je le répète aussi : lorsque, comme chaque chrétien, l’on détient un cadeau si précieux que celui de l’amour du Christ comment vouloir enfermer ce cadeau derrière des verrous, hors de portée des autres ? Ce cadeau, dont on sait qu’il est inépuisable, mais grandit en se partageant, n’est-il pas de notre devoir de le porter au plus grand nombre ?
Alors que faire ?
Comment pallier à cette fermeture d’esprit, de coeur, de porte ?
Je ne peux bien sûr pas répondre pour tous.tes.
A notre portée, proposons ce que nous pouvons dans nos paroisses, efforçons-nous de faire entendre nos besoins et ceux des autres, acceptons nos difficultés et l’entièreté de qui nous sommes, osons venir à l’Eglise avec nous-même plutôt qu’avec une version de nous en paroissien.ne idéal.e !
Et ensemble, prions continuellement pour une Eglise au coeur et aux portes ouvertes à tous.tes !

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